Hier, le développement du vaccin développé à l’université d’Oxford par les laboratoires AstraZenaca a été suspendu en raison d’un effet indésirable chez un participant. Qu’es ce que cela veut dire? Voici quelques éléments de réponses.
En terme de santé publique, nous cherchons à immuniser les populations fragiles par rapport à une infection dans sa forme grave. Cette immunité devra être efficace et engendrer le moins d’effets secondaires possibles, et ces effets, s’ils surviennent, ne devront pas peser plus lourd que les bénéfices obtenus. C’est la Balance Bénifice/Risque.
Pour être approuvés, les candidat-vaccins au même titre que tous médicaments, doivent passer par plusieurs séries d’études cliniques afin de prouver leur efficacité et tolérance. C’est la phase de développement du produit ou on cherchera à évaluer cette Balance Bénifice/Risque.
Contexte
A date, et selon l’Oms, plus de 170 équipes de chercheurs se concurrencent pour mettre au point un vaccin sûr et efficace contre le coronavirus SARS-CoV-2. Sur les 170 équipes, 9 sont entrés dans la phase 3, parmi lesquels le ChAdOx1 nCoV-19 – développé à l’université d’Oxford par les laboratoires AstraZenaca.

Hier, le développement de ce vaccin a été suspendu en raison d’un effet indésirable chez un participant. Cela doit-il nous alarmer ? Voici quelques éléments de réponses.
Qu’es ce que la vaccination ?
Selon l’OMS, la vaccination consiste à immuniser une personne contre une maladie infectieuse. Ainsi, les vaccins, qui stimulent le système immunitaire, prémunissent la personne d’une infection ou d’une maladie.
Es ce que la vaccination est utile?
Si on relie l’histoire de la vaccination, la réponse est Oui. En fait, à l’exception de l’eau potable, aucun autre progrès, pas même les antibiotiques, n’a eu un effet aussi notable sur la réduction de la mortalité (décès) et la morbidité (maladie et incapacité) et sur la croissance démographique.
Comment les vaccins sont-ils développés ?
Deux mots d’ordre : Efficacité et Tolérance
Pour être approuvés, les candidat-vaccins au même titre que tous médicaments, doivent passer par plusieurs séries d’essais afin de montrer qu’ils sont sûrs et efficaces (tolérance et efficacité).


Les essais Phases III
– Population
Selon les taux d’infection de la maladie, un calcul du nombre de sujet nécessaire est réalisé. Ainsi, un essai de vaccin de phase 3 peut impliquer des milliers à des dizaines de milliers de volontaires.
– But 1: Efficacité
Ils ont pour but de savoir si le vaccin protège contre la maladie (efficacité). Il s’agit donc d’observer dans quelle mesure les personnes vaccinées qui sont exposées au virus résistent à la maladie dans les semaines/mois après la vaccination.
-But 2: Tolérance
A large échelle, les phases III sont les seuls capables de détecter les effets secondaires rares, ainsi que de définir pour quels groupes de personnes le candidat-vaccin est le plus efficace, ou pas.
-Groupe Control
Pour que la comparaison soit fiable, habituellement ils impliquent un groupe témoin auquel on administre un placebo:
– Le vaccin devrait être plus efficace que le placebo: il devrait y avoir beaucoup moins de cas de la maladie cible dans le groupe vacciné que dans le groupe témoin.
– Le vaccin devrait causé des effets secondaires comparables au placebo.
Ces études pivots permettent de définir les conditions et les précautions d’emploi du vaccin et, à terme, de poser des demandes d’AMM auprès des autorités.
Que savons-nous du vaccin d’Oxford ChAdOx1 nCoV-19?
- un essai combiné de phase 1 et de phase 2 du vaccin a démontré qu’il était sûr – seuls des effets secondaires à court terme et aucun événement inattendu grave ont été signalés (tolérance) et qu’il suscite une réponse immunitaire (efficacité).
- Pour le ChAdOx1 nCoV-19, les volontaires des essais cliniques sont situés dans des pays des cinq continents : le Royaume-Uni, le Brésil, l’Afrique du Sud, les États-Unis et l’Inde. Le vaccin est évalué dans ces différentes régions et populations du monde afin de garantir que les résultats de l’essai soient “généralisables”, c’est-à-dire que l’on puisse dire que ses conclusions s’appliquent à des personnes n’appartenant pas aux groupes testés.
- Au Royaume-Uni, le vaccin est testé chez le personnel soignant, car ils sont plus susceptibles d’être exposés à l’infection que la population en général et également des volontaires du public âgés de plus de 70 ans. Les personnes âgées sont plus exposées au risque de développer une maladie grave, il est donc important de savoir si elles réagissent au vaccin.
- A ce jour, plus de 17000 patients ont été inclus dans l’essai dans les trois premiers pays sélectionnés (Royaume-Uni, Brésil et Afrique du Sud), la moitié d’entre elles ayant reçu un vaccin témoin.
Quid de la tolérance : Le vaccin sera-t-il sûr ?
« Il faut au moins cinq ans pour que la plupart des vaccins soient soumis à des essais cliniques, et on s’est demandé si les vaccins COVID-19 étaient “faits rapidement”…Des vaccins comme celui d’Oxford sont mis au point rapidement grâce aux efforts coordonnés de grandes équipes internationales de scientifiques et de médecins. Néanmoins, les mêmes normes rigoureuses sont appliquées aux vaccins candidats COVID-19, ce qui garantit qu’aucun compromis n’est fait en matière de sécurité des vaccins. » (dixit l’équipe d’Oxford)
Et hier, l’essai a été suspendu suite à l’apparition d’un effet secondaire neurologique chez un patient. Le porte-parole a également déclaré que la société “s’engage à assurer la sécurité de nos participants et à respecter les normes de conduite les plus strictes dans nos essais”.
Doit-on pour autant remettre en cause l’ensemble du processus vaccinale?
Qu’en pensez-vous?
Merci pour cet article que je trouve très intéressant.
A mon avis, les effets secondaires peuvent apparaître chez les patients durant la phase 3 d’un essai clinique même si l’essai a passé la phase une et deux avec succès. Si le nombre de patient qui ont développé des effets secondaires est important, là on peut douter de la façon dont la phase 1(surtout) a été faite et même l’arrêter par l’organisme qui contrôle les essais cliniques. Concernant le cas du vaccin d’AstraZeneca, le fait d’avoir qu’un seul individu ayant développé un effet secondaire est tout à fait normal puisqu’on a inclus un grand nombre d’individus. Par contre, nous devrons impérativement le faire sortir de l’essai et le soigner.
Pour conclure et répondre à votre dernière question, pour les essais cliniques de phase 1 nous devrons encore améliorer la méthodologie surtout que celle-ci est beaucoup empirique, par-contre les essais cliniques de phase 3 je trouve que la méthodologie est presque parfaite a part des problèmes tel que perdu de vue ainsi que le choix entre ‘peer-protocol’ et ‘intention-to-treat’…
Merci !
Oussama
Bonjour Oussama
Je partage ton opinion, 1 effet secondaire sur 17000 participants n’est pas chose rare, d’ailleurs, après la suspension de l’essai et les investigations, qui ont duré 2 jours, les essais concernant le candidat-vaccin AstraZeneca ont repris aux UK.
Et effectivement les phases 3 sont beaucoup plus “méthodiques” que les phases 1. Les phases 1 sont une phase de “tatônement” nécessaire pour pouvoir enclencher la suite.
Merci pour ton partage et au plaisir de te lire.
Ihsane
Les essais ont été repris
Absolument, après un arrêt de 3 jours, les essais ont repris. C’est la procédure habituelle, en effet, une fois un evenement indésirable grave survenu, l’équipe doit faire ses investigations pour étudier les liens de cause à effet entre le produit testé et l’evenement, avant de conclure en un arrêt définitif de l’essai ou une reprise.