« Le coordonateur ou la coordinatrice doit avoir 3 caractéristiques : savoir être inclusif, avoir l’esprit collaboratif et avoir un «jeune» motivé dans son équipe ! » Interview avec Pr Laure Gossec, une experte du domaine, inspirante, motivante et souriante!

Pr Laure Gossec, a fait partie et coordonné de nombreuses recommandations internationales, les dernières en date ont été publié en Juin dernier dans Ann Rheum Dis. 2020 Jun; 79(6): 700–712. EULAR recommendations for the management of psoriatic arthritis with pharmacological therapies: 2019 update
Bonjour Laure, pourquoi a-t-on besoin de faire des recommandations ?
L. En général, les recommandations sont commandées par des sociétés savantes. L’idée est de permettre une unification et une amélioration des pratiques collectives dans un but commun d’améliorer la prise en charge. En plus, pour la société savante, cela lui permet une visibilité nationale et internationale ; les papiers de recommandations sont souvent très cités. Le principal inconvénient, c’est qu’avec les perpétuelles nouveautés, les recommandations de traitement deviennent vites obsolètes et il faut les mettre à jour / les refaire régulièrement.
Quelles sont les principales étapes du processus d’élaboration des recommandations ?
L. 5 éléments sont à définir au préalable:
- La question : de quoi parle-t-on : du diagnostic de la maladie ? des traitements ?
- Le public cible : on vise qui ?
- Les mots clés à rechercher : à type de phrase courte +- Algorithme, selon la thématique en question.
- Quel est le créneau temporal : en général, le processus prend 18 mois en moyenne, mais il doit être fixer en amont.
- Le canevas du produit final :
– en combien de recommandations voudrions-nous aboutir ? (en général 10/12 ou 15 points)
-qu’es ce qu’on met dedans ? quels sont les points essentiels à y soulever ?
-si il s’agit d’une mise à jour, on ne changera que ce dont on a besoin.
Qui peut participer à l’élaboration des recommandations?
L. Avant tout, il faudra choisir un noyau dur formé, en général de 3 personnes:
1. Le directeur du projet
2. Le méthodologiste
3. Un « jeune » fellow motivé pour la revue systématique de la littérature (RSL), ça permettra de le valoriser et de lui donner envie, sait-on jamais, d’aller plus loin dans le parcours académique.
Au final , l’équipe sera composée d’une vingtaine de personnes :
Le steering comité ou comité de pilotage est composé de 5 à 6 personnes
- Le Directeur du projet
- Un patient
- Un soignant
- 2 personnes qui savent faire les RSL.
En plus du comité de pilotage, il faudra associer les experts du domaines en incluant les différents secteurs, dans notre cas, de recommandations médicales, on inclura à côté des universitaires, les hospitaliers et les praticiens libéraux.
En pratique, comment ça se passe ?
L. Le gros des interactions se fera au départ par mailing, et retour de vote et à la relecture de recommandations se fera en phase finale (gardé à l’esprit le côté pratique et opposable à long terme).
En pratique, il faudra prévoir 3 réunions essentielles.
1. La Réunion de lancement où il faut émettre les différentes questions :
- Définir l’étendue de la problématique
- Définir la question de recherche de la revue de la littérature
- Définir la Taskforce et réfléchir à l’agenda scientifique
- Réfléchir aux éléments que l’on veut intégrer dans les reco : que veut-on mettre en avant ? quels sont les questions qui nous intéressent ? on se fixe une dizaine pour lesquelles sera axé la RSL.
2. La Revue systématique de la littérature (RSL)
Je ne vais pas détailler ici, l’ensemble du processus de la RSL, cela mériterait une interview à part, mais de façon globale, il faudrait:
- Prévoir une réunion par semaine/ en mode PICO
- Déterminer le niveau de preuve. En général, on utilise le score GRADE ou OXFORD.
- Envoyer au groupe de travail un diaporama de l’état d’avancement du processus avec les documents de soutien.
- La discussion se fera sous forme : Voilà ce qu’on a trouvé (ok ou pas )
- A la fin, prévoir une présentation en 1h30 maximale de l’ensemble de la RSL.
3. La Réunion du groupe de travail
- Afin de faciliter le travail et la prise de décision, il faudra fournir une semaine à l’avance l’ensemble des recommandations à discuter au groupe de travail.
- L’idéal serait qu’elle se face en présentiel
- Le jour de la réunion, le modérateur à un rôle primordial : il devra être inclusif mais ferme.
- Le matin, le comité de pilotage présentera les résultats de la RSL et les propositions de recommandations.
- L’après-midi, on s’organise en 2 groupes pour discuter l’ensemble des recommandations avec une pause (café mais pas que ; échange, convivialité, et motivation)
- Après la pause, on procède au vote : on doit obtenir un seuil de 75% pour passe la recommandation au premier tour, de 66% pour le 2ème tour et de 50% pour le 3ème tour.
Parfois on peut avoir recours à une réunion finale par une visioconférence commune associée à un groupe de lecture pour valider l’ensemble du travail et être inclusif en faisant participer plus de personnes à l’élaboration des recommandations (ce qui fait toujours plaisir…)
Une dernière remarque sur le texte des recommandations : éviter le mot « doit » et « recommandé », préférez plutôt « proposé » ou « peut/ pourrait/ devrait/ utilisé ».
Merci Laure pour ton partage d’expérience très instructif et très clair !
Au plaisir de se retrouver autour d’une nouvelle thématique Epidémiologique ou Rhumatologique sur Epirheum.